interviews du réalisateur Haneke


What's new ?

   La Donner Party :

 

 

  Enterprise : épisodes
  
WorldTv 2 : TV sur PC

  Tutoriel Virtual PC
  
Formation réseau et    Installer un réseau    chez soi !


... et :

  RPG : dossier !

  Windows RG

  Les liens en OR

  Les liens délirants

  Les bidets d' OR

  Best of VANDAMME

  Excusotron

  Finies les sorties, les    clopes, la boisson et la    dope !


Windows XP
  Optimiser, Multi-boot,    Invite de commandes
  Glossaire

Disquettes de démarrage
  Windows 98 SE, 98    remixed, NT, 2000...
  et d'autres... ici !

La Newsletter



 

 

je conseille

ce site !



Klick, Chico !
(et mets le son !)

 
Funny Games

 

Sorry, your browser doesn't support Java(tm).

 

 

Une famille autrichienne rejoint sa maison de campagne, près d'un lac. Les bagages sont à peine défaits qu'ils reçoivent la visite de deux jeunes hommes, bien élevés et propres sur eux, qui disent être les invités de leurs voisins et souhaitent leur emprunter des œufs. Mais ces garçons, tout de blanc vêtus, ont un comportement tout d'abord étrange, puis inconvenant, avant de devenir tout simplement inquiétant...

 

Interprétation
Susanne Lothar
Ulrich Mühe
Arno Frisch
Frank Giering
Stefan Clapczynski
Doris Kunstmann

 

Scénario
Michael Haneke :
LES INTERVIEWS

 

Directeur de la photographie

Jürgen Jürges

Musique originale
Pietro Mascagni et John Zorn

 

Musique additionnelle
Georg Friedrich Händel, Wolfgang Amadeus Mozart

 

Décor
Christoph Kanter

 

Costumes
Lisy Christl

 

Montage
Andreas Prochaska

 

Produit
Veit Heiduschka

Wega Film

Dolby Digital Distributed
LIDER (Spain) / Attitude Films


 Critique

 
"La question n'est pas de savoir ce qu'on a le droit de montrer, mais comment permettre au spectateur de comprendre ce qu'on lui montre."

Funny Games est un film essentiel en cette fin de siècle. Un des meilleurs et des plus importants films de cette décennie. Ce qui est intéressant dans ce nouvel opus du cinéaste autrichien Michaël Haneke, c'est qu'il s'agit véritablement d'un film pour et sur le spectateur. Je ne crois pas que Haneke dénonce la violence. Il serait un grand naïf étant donné que la violence existe depuis des siècles. Quel truisme! Reprenons le fil.

Un couple (Anna et Georg) avec un enfant (Schorschi) et un chien dans une voiture. On joue à reconnaître des morceaux de musique classique. Le couple s'arrête en voiture devant la villa de leurs voisins qui sont en compagnie de deux jeunes hommes. On se salut de loin. Le couple s'installe pour de paisibles vacances dans leur maison de campagne.Un couple aisé. Cultivé. Possèdant tout le confort moderne. Beau bateau, belle voiture et belle villa. Et une grille qui s'ouvre grâce à une télécommande (hummm). Tout baigne, un vrai début kitsch, bien sûr, faussement kitsch. Ambiance simple, chic, paisible. Le spectateur est en terrain connu. La musique classique que le couple écoutait est brutalement interrompue par une musique brutale, violente de John Zorn. Le générique commence.

Georg et son fils sont sur le bateau. Anna prépare à manger dans la cuisine. Arrive un jeune homme, Peter, assez gras, avec des gants blancs. Il demande des oeufs à la femme. Il vient de la part de la voisine que nous venons d'apercevoir de loin. Elle les lui donne. Peter fait tomber les oeufs par terre puis le téléphone portable dans l'eau. Il s'excuse de sa maladresse, il est poli, d'une politesse agaçante. Anna lui en donne d'autres et il s'en va. Dans le couloir, il n'est plus tout seul mais avec un deuxième jeune homme, l'élégant et raffiné Paul. Le prétexte est que le chien les a effrayés. Paul demande à essayer un club de golf. Il sort. Georg et son fils entendent le hurlement du chien.Anna sent quelque chose et leur demande de partir. Son mari intervient et ne comprend pas la réaction de sa femme. Il va vite comprendre. Paul lui fracture la jambe avec le club de golf. Le jeu commence...

Paul aide Anna à trouver le chien en jouant au jeu "Chaud et froid" et au passage fait un clin d'oeil à la caméra. Paul et Peter prennent possession de la maison. Georg a la jambe fracturée, Anna pleure et leur fils est terrorisé. Les deux jeunes hommes annoncent qu'au petit matin, à 9h, ils seront tous morts.

Le film commence comme un thriller psychologique mais le cinéaste en pervertit tous les codes. Le spectateur est pris à parti. Clin d'oeil de Paul à la caméra, apartés de Paul à la caméra (Vous pensez qu'ils ont une chance? Vous êtes bien de leur coté? Sur qui misez-vous? [c'est presque du Tex Avery...] ou encore Vous en avez assez? Habituellement, l'enfant et le chien sont très souvent épargnés dans ce genre de film. Haneke, lui, commence par eux. Poursuivons.

Schorschi réussit à s'enfuir mais il est vite rattrapé. Retour à la case départ.

Dans l'article du Monde daté du 15 janvier, l'auteur écrit: "Dans sa critique du spectateur, et de la violence au cinéma, Michael Haneke oublie pourtant de se critiquer lui-même. Dénoncer la violence en lui consacrant un film revient fatalement à se brûler les ailes. Dans Funny Games, des scènes comme celle de la chasse au gamin par un des tueurs dans un bayou autrichien qui ressemble à la jungle des Chasses du comte Zaroff, ou ce très long moment où le couple, brutalement libéré de ses tortionnaires, espère leur échapper en utilisant son portable, sont bien des zones de suspense ménagées par Haneke pour lui donner du rythme, et structurer son histoire. Trop sûr de lui, Michael Haneke pèche par manque de modestie. "

Une critique qui pourrait être pertinente si le critique n'oubliait pas une chose. Si Haneke ménage ces zones de suspense, c'est justement pour tromper le spectateur sur son attente et sur l'attente que le cinéma a créé depuis longtemps sur ce genre de scènes. Ce n'est pas un hasard s'il insiste si longtemps sur le téléphone portable, exaspérant jusqu'à l'extrême limite l'attente du spectateur. Ou quand Anna court sur la route et hésite à arrêter une voiture. Elle se cache croyant que ce sont les assassins. La voiture passe. Une deuxième arrive...Jusqu'au bout, le film nous fait croire qu'un des membres de la famille va s'en sortir. Si Haneke pousse ce stratagème jusqu'au bout (notamment dans la scène de la télécommande qui en est le point culminant et éclairant),c'est pour bien montrer le leurre dans tout son artifice. Funny Games est un film sur l'inconscient moderne et collectif du spectateur, sur l'essence de l'image et sur les stéréotypes déréalisés qu'elle véhicule (donc des comportements qui s'ensuivent) dans nos sociétés modernes. Un indice?

Quand le père demande à Paul pourquoi ils font ça, Paul invente une situation sociale catastrophique à son ami Peter. Celui-ci pleure! Mais Paul avoue que tout cela n'est pas vrai, et Peter se remet à sourire.

Michael Haneke met ici le doigt sur les fausses raisons qui poussent à la violence. Ils les tournent en dérision. Les médias nous parlent du malaise des banlieues, de la fracture sociale, du chômage mais ces deux jeunes oisifs sont issus du même milieu que le couple qu'il va torturer. Haneke voit juste. La violence ne vient pas seulement d'un milieu social particulier. C'est un problème de société, humain avant tout.

Les deux jeunes hommes ont un coté clinique, distingué dans leur apparence, dans leurs manières. Propre sur eux. Des voyous? Non. Des monstres alors? Non. Des gens ordinaires et n'importe qui peut passer la rampe à n'importe quel moment. Ils sont sans identité, ils pourraient être n'importe qui. Moi.Vous. Ils n'ont pas de mobile, de morale. Ils se prennent pour des personnages de bandes dessinées. Ils jouent, ils ne sont pas dans le réel et pour eux, tuer et torturer, c'est jouer à un jeu. D'ailleurs, beaucoup de scènes du film sont vues sous l'angle du jeu. Le couple au début joue à découvrir des morceaux de musique classique. Paul tue le chien et fracture la jambe du père avec un club de golf. Paul fait découvrir le cadavre du chien à la mère par l'intermédiaire d'un jeu...

Anna s'empare du fusil et tue Peter.

Ah! quelle libération, n'est-ce pas? La seule scène sanglante du film! Haneke prend bien garde de laisser quelques secondes avant que Paul ne prenne la télécommande. Le temps qu'on y croit. Que notre soulagement, notre satisfaction s'installe réellement dans notre tête de spectateur. Ce meurtre, nous le légitimons. Et hop... Paul prend la télécommande, rembobine le film juste avant qu'Anna ne prenne le fusil. Le film reprend son cours mais là Paul s'empare du fusil avant Anna. Le spectateur comprend que cette scène dont on le frustre, c'est ce qu'il aurait aimé voir. Ce meurtre, il l'a légitimé moralement. Et tout le problème est là. Le spectateur (on pourrait dire aussi le consommateur) dans notre société est devenu lui une télécommande sur laquelle on appuie pour téléguider ses choix, ses désirs, ses envies. C'est dans cette scène qu'un propos de Haneke prend tout son sens: "La question n'est pas de savoir ce qu'on a le droit de montrer, mais comment permettre au spectateur de comprendre ce qu'on lui montre."

Cette violence imagée des films déréalise la véritable violence au point que cette dernière n'apparaît plus réelle, traumatisante. L'individu peut perdre conscience de la réalité et ne plus se rendre compte que la violence fait mal. C'est le cas de ces deux jeunes hommes. Ils jouent. Le cinéaste ne nous montre pas les crimes de Paul et Peter mais la souffrance et la douleur que provoquent leur jeu. Face justement à la souffrance de ce couple, nous sommes ramenés à cette réalité essentielle, à la réalité.

La critique des films qui esthétisent la violence et dont le cinéma Hollywoodien entre autres inonde la planète n'est qu'un pretexte. A travers celui-ci, Michael Haneke poursuit sa réflexion sur la déréalisation de notre monde moderne, aseptisé, clos, rassurant, démocratique. Déréalisation qui crééé des êtres tellement coupés de la réalité qu'ils en viennent à s'amuser à tuer.

Haneke lui-même: "Le film n'est pas seulement contre la manière dont la violence est montrée de façon complètement déréalisée, mais contre cette déréalisation elle-même, qui touche tous les aspects de la société. Ma cible est la déréalisation des rapports réels, et de ce fait la déréalisation des sentiments. Les médias modernes ont modifié l'antique spectacle de la mort, ils lui ont volé l'aura de l'unique, du caractère singulier qu'y conservait cet événement." Cela rejoint à mon sens ce que dit Milan Kundera en parlant du kitsch.

Certains critiques ont écrit:"Est-il encore possible d'aller voir des films violents, du spectacle?

Haneke ne conseille rien, n'impose rien, il constate les dégâts, il met en garde contre cette déréalisation de toute la société.

Inutile donc de lui faire un faux procès. Haneke n'est pas un fasciste, un imbécile mais au contraire quelqu'un qui sait que si on n'essaye pas de comprendre le monde dans lequel on vit, on court droit à la catastrophe. Et que celle-ci peut jaillir du plus grand calme possible, du plus charmant tableau idyllique. Dans une interview, le cinéaste rapproche les comédies sous le régime nazi aux films de divertissement actuels. A force de nier la réalité, de la déréaliser, la réalité devient incompréhensible, inintelligible. Dans "71 fragments d'une chronologie du hasard" Haneke montrait à quel point notre société post-industrielle atomise les individus. Ceux-si se renferment sur eux-mêmes, dans leur hobbies, ils fuient dans leur imaginaire complètement coupé de la réalité. Cela ne peut déboucher que sur la folie et le sang. C'était déjà à l'oeuvre dans "Benny's vidéo". L'histoire d'un gamin passant son temps à regarder des films. Un vase clos. Il tuera une amie et dénoncera ses parents pour avoir caché le cadavre. Il y a d'ailleurs un lien évident entre Benny's vidéo et Funny Games. Le garçon du premier est le même acteur qui joue le Paul du second: Arno Frisch. Funny Games semble être un pendant à Benny's vidéo mais où cette fois-ci le spectateur est directement interpellé, complice. D'ailleurs, les films de Haneke se répondent de film en film. Le couple de son premier long-métrage "Le septième continent" ne s'appelait-il pas non plus Georg et Anna?

Et arrive, c'est incroyable plan-séquence où l'on voit que Schorschi a été tué. On n'a rien vu mais du sang coule sur la télévision. Les meurtriers partent. Sa mère, Anna, est dans un état de torpeur. Elle réagit, sautille, éteint la télévision et rejoint son mari. Il pleure. Elle le console... Un plan séquence, filmé de loin, pudique. Le couple prépare sa fuite. Anna sort... chercher de l'aide.

Le plan sur la télévision éclaboussée de sang montre une course de formule 1. En off, on entend Paul et Peter s'en aller dans une voiture. On attendrait le calme. Non. Le bruit des voitures de la télévision crée une extraordinaire tension, comme si les deux meurtriers étaient encore présent. La première chose qu'Anna fait, ce n'est pas de recouvrir son enfant mort ou de secourir son mari mais d'éteindre la télévision.Cette longue scène, placée au milieu du film, montre aussi l'impact de la violence. Le spectateur réorganise ses émotions. Il digère. Il constate les dégâts. Cet intermède ne rendra que plus violent la suite du jeu. Michael Haneke, très intelligemment enfonce le clou. Jamais, il ne cède à la facilité. Ce couple s'était tellement replié sur lui-même qu'il en avait oublié que la violence pouvait être un tel choc. Là, par la force des choses, il en prend conscience. D'ailleurs, il est à la fois victime et responsable de cet enfermement. Leur maison est isolée. Le portail empêchera Schorschi de sortir chercher de l'aide. Le portable plongé dans l'eau devient inutilisable. Michael Haneke nous montre que l'apparent pacifisme du progrès technologique nous coupe du monde. La métaphore de l'oeuf prend ici tout son sens.

Le film continue. Les deux jeunes hommes ont tué le mari et emmène sa femme ligotée sur un bateau. Après leur carnage, ils discutent d'un sujet frivole, d'antimatière! Anna essaye de couper ses liens. Va-t-elle s'en sortir? Non. Paul repère sa tentative d'évasion. La surprise vient aussi que le jeu n'est pas mené jusqu'à son terme. Nous sommes complètement pris à contre-pied. On attend encore une scène de supplice et finalement, avant l'heure dite, Paul pousse Anna ligotée à l'eau. Sa mort passe presque inaperçue. La raison de Paul est qu'il a faim. Ironie. Car plus tard, on le voit pénétrer dans la maison des amis du couple donton vient de voir l'extermination pour demander des oeufs. Bien sûr, pas pour les manger. Un nouveau carnage va commencer. Paul regarde la caméra. On entend la musique bruyante, violente de John Zorn. Fin du film.

Le film s'achève sur une boucle. De la forme d'un oeuf. Un nouveau cycle de violence va commencer.

Question? Haneke est-il un manipulateur? Un manipulateur est-il encore manipulateur lorsqu'il dit qu'il manipule? Haneke répond: Peut-être, mais on peut manipuler de différentes façons. Dans les films hollywoodiens, qui dominent le monde, les stars tuent en toute légitimité parce que le scénario leur fournit de bonnes raisons de le faire. La violence est justifiée. Consommable. Moi, je veux montrer à quel point une telle attitude est dangereuse. Car pour comprendre la violence, il faut bien plus qu'un film d'une heure quarante ou un bouquin de deux cents pages. Or, le cinéma repose sur un grand mensonge. Il estompe la réalité. D'ailleurs, certains expliquent qu'ils tuent rien que pour voir quelle sensation ça fait. Eh bien, dans mon film, vous ressentez ce que ça fait! Et vous êtes obligé de voir la réalité en face: c'est horrible, douloureux et ce n'est pas un jeu!"

Michaël Haneke rend tout simplement au cinéma sa fonction essentielle.

Yannick Rolandeau
 

 Affiche du film

 

 

 

 Re-découverte :

 

 

 

 Ed Gein :

B.A. flash Haut-débit

 

 


W
allpaper du moment :

 

Tous les Wallpapers !

 


H
overdesk du moment :

 

Tous les Thèmes !

 

 


Coup de coeur

 

 

Critiques :

Retour en haut

 
Ajouter le site à vos favoris | Webmaster | 
 

Toutes les images/wallpapers du site www.delrisco.com appartiennent à leur auteurs, toute utilisation commerciale est interdite. Toute image/wallpaper peut être enlevé sur simple demande de l'auteur.
Delrisco.com respecte la loi Informatique et Libertés de 1978. Vous disposez , en application de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, des droits d'opposition d'accès et de rectification des données vous concernant.
(c) 2002-2004 delrisco.com - tous droits réservés